Enquête LaVallée – Article 4/5

Enquête LaVallée – Article 4/5
La géothermie annoncée est aux abonnés absents

Où va le futur quartier LaVallée ?

  • Une densité très forte en comparaison de tous les autres quartiers de notre ville
  • De futurs îlots de chaleur majeurs, annoncés par des études d’experts
  • Des techniques de construction à fort impact carbone et de futurs immeubles peu innovants sur le plan énergétique dans la grande majorité des cas
  • Un chauffage par géothermie abandonné pour le moment
  • Ce nouveau quartier mérite-t-il réellement le qualificatif d’« Ecoquartier »  ?

Une enquête en 5 articles

Article 4/5 : LaVallée, la géothermie annoncée est aux abonnés absents

Continuons notre point sur l’évolution du nouveau quartier LaVallée, localisé sur le site de l’ancienne Ecole Centrale à Châtenay-Malabry, et dont l’aménagement a commencé il y a bientôt cinq ans.

Les trois articles précédents ont décrit l’extrême densité du quartier, comment les ilots de chaleur le transformeront en fournaise lors des épisodes de canicule, et le coût carbone élevé de ses partis-pris de construction.

Comme nous l’évoquions, le label environnemental et énergétique E3C1 retenu par l’Association Syndicale Libre des promoteurs est en deçà de la réglementation RE2020 maintenant en vigueur. Mais ce choix, même restrictif, implique la mise en place d’un chauffage par un réseau de chaleur alimenté au moins en partie, par une énergie renouvelable. En l’occurrence, il s’agissait de la géothermie, fièrement promue par la mairie à de multiples reprises dans le magazine municipal et devant être opérationnelle dès l’arrivée des premiers habitants. Une chaudière à gaz était prévue comme complément à la géothermie : la géothermie devait couvrir 60% des besoins, et la chaudière à gaz 40%.

La géothermie, une source d’énergie durable, propre, écologique.

Pour mémoire, la géothermie consiste à aller chercher l’eau chaude contenue, sous nos pieds, dans les profondeurs de la terre. Remontée à la surface, cette eau chaude sert à chauffer des bâtiments et fournit l’eau sanitaire sans brûler de bois, ni du gaz, du charbon ou du pétrole.  Après prélèvement d’une partie de sa chaleur, cette eau est réinjectée dans la nappe de prélèvement.

La géothermie est une source d’énergie durable, propre, écologique, et évitant le rejet de milliers de tonnes de CO2. Bien gérée, c’est aussi une source d’énergie moins chère pour les usagers que le fioul et même que le gaz, étant données les récentes augmentations très significatives de ce dernier.

Le Collectif Citoyen Chatenaisien est donc tout à fait favorable à l’utilisation de la géothermie à Châtenay-Malabry. Lors du conseil municipal du 24 Septembre, nous avons donc voté pour l’ouverture des travaux visant à chauffer le futur quartier LaVallée par géothermie.

Les étranges choix du projet de géothermie de la Mairie

Cependant, étrangement, le projet proposé par la Mairie prévoyait de forer dans une couche géothermique appelée Lusitanien, alors qu’aucun opérateur n’a encore foré dans cette couche moins profonde, où l’eau est moins chaude et assez corrosive. D’ailleurs, les autres forages en Ile-de-France (certains en activité depuis trente ans) ont lieu dans la couche un peu plus profonde et plus chaude appelée Dogger.

Nous avons donc étudié le sujet en profondeur, en nous documentant, en contactant des professionnels spécialisés. Cette étude nous a confirmé que le projet géothermie de Châtenay-Malabry à LaVallée avait été conçu de façon très différente des expériences connues et réussies dans des communes similaires.

Nous avons réalisé en conclusion que ces choix étaient risqués en termes de coût de l’énergie produite pour les habitants, voire de sécurité. De plus, les caractéristiques de ce projet localisé à un seul quartier risquaient de rendre la géothermie impossible à étendre ensuite à d’autres quartiers de notre ville pour des raisons de trop grande proximité des forages.

Dès l’enquête publique (de septembre -octobre 2020), nous émettions des doutes sur ce choix à cause de son caractère exploratoire qui s’éloignait de la longue expérience des autres communes, de leur maîtrise du sujet et de l’opportunité des subventions associées aux forages dans le Dogger.

Nous avons alerté la Mairie mais celle-ci ne nous a jamais répondu. Cette étude et ces doutes ont été documentés dans un dossier disponible sur notre site Internet depuis fin 2020 (voir réf 1 en bas d’article).

Le fiasco de la géothermie telle que prévue initialement à LaVallée, longtemps caché au conseil municipal

Le planning présenté par la Mairie lors du conseil municipal du 24 Septembre 2020 indiquait des travaux de forage exploratoires fin 2020 pour rechercher la nappe géothermique, la constitution du dossier de permis d’exploiter pour le 20 Septembre 2021, l’aval de la Préfecture le 27 Décembre 2021 et une mise en service début 2022.

Lors du conseil municipal du 1er Juillet 2021 (voir procès-verbal : réf 2 en bas d’article), nous avons posé une question sur l’avancement du projet de géothermie. Monsieur le Maire nous a répondu que les travaux de forage ont été autorisés par arrêté préfectoral le 1er Avril 2021, et que des consultations auprès des entreprises spécialisées dans les forages profonds avaient ensuite été organisées.

Nous en avons déduit que le projet avait pris quelques mois de retard mais restait sur les rails.

Le 18 novembre 2021, nous avons redemandé où en était ce projet en Conseil Municipal (voir procès-verbal : réf 3 en bas d’article).

A cette occasion, Mr le Maire a répondu que les forages exploratoires n’avaient pas encore eu lieu, que les dates de dépôt et de délivrance du permis d’exploiter n’étaient pas connues mais qu’il n’y aurait pas de retard pour les acquéreurs qui devraient pouvoir prendre possession de leur logement en 2022, conformément au planning. Les logements seraient alimentés en chauffage et eau chaude sanitaire grâce à la chaufferie en cours de construction.

Nous en avons conclu que le retard s’aggravait et que la chaudière à gaz qui doit de toute façon assurer 40% du chauffage serait suffisante pour assurer le chauffage des premiers habitants à s’installer. En regrettant qu’il s’agisse d’une énergie fossile émettrice de CO2.

Nous savons aujourd’hui qu’en fait, dans sa réponse d’alors, Mr le Maire a caché à son Conseil Municipal à quel point le projet de géothermie de la Mairie se heurtait à d’importantes difficultés techniques imprévues, et que sa mise en œuvre à court terme était remise en question. (Mr le Maire n’avait pas répondu à nos questions sur la raison du retard, sur les couches géothermiques envisagées et sur le coût de l’énergie par habitant. Il avait simplement évoqué le schéma directeur lancé par le Syndicat Mixte de chauffage de Châtenay-Malabry qui allait probablement conclure que la création d’un réseau de géothermie serait envisageable sur l’ensemble de la commune et ouvrir le débat vers d’autres types d’énergies renouvelables comme la biomasse).

Mais un membre du CCC s’est rendu mi-décembre 2021 à la Maison de Projet pour obtenir quelques informations sur les appartements en vente : il lui a été très clairement affirmé que les appartements seraient chauffés par un chauffage urbain au gaz combiné à la « combustion de déchets » et que la géothermie ne serait une réalité « que dans 4 à 7 ans », car il fallait attendre une installation géothermique à créer sur un autre site, à laquelle il faudrait raccorder le quartier LaVallée.

Patatras !

Voilà que ce que Mr le Maire cachait à ses conseillers municipaux était clairement annoncé à tout acheteur potentiel par les commerciaux des promoteurs.

Quel fiasco, quand on pense à tous les articles publiés par la Mairie dans le magazine municipal pour annoncer fièrement que la géothermie serait au rendez-vous à LaVallée !

Ce fiasco avait été anticipé par quelques citoyens membres du CCC qui se sont simplement bien documentés, et les conseillers municipaux d’opposition avaient fait connaître cette analyse plus d’un an auparavant : comment se fait-il que dès le début du projet la Mairie ne se soit même pas adjoint les services d’experts indépendants pour la conseiller et maîtriser le dossier ?

Naissance d’un nouveau projet

Fort de notre découverte, nous avons de nouveau questionné Mr le Maire lors du Conseil Municipal du 27 janvier 2022.

Dans sa réponse, celui-ci a enfin reconnu un complet changement de cap, avec un nouveau projet de géothermie à l’échelle de la ville, qui demanderait des années de conception et de construction. Il nous indiquait également que la Mairie s’adjoignait (enfin) les services d’un professionnel compétent pour l’accompagner dans ce projet, et enfin que le quartier LaVallée serait doté d’une chaudière à biomasse en attendant son raccordement à ce futur réseau goéthermique.

Alors qu’en est-il aujourd’hui ?

Le site web de la Mairie annonce qu’il est prévu d’aller chercher de l’eau chaude cette fois dans la couche Dogger « à 1500 m de profondeur pour prélever de l’eau à plus de 70° » qui permettra d’alimenter les réseaux de chauffage et d’eau chaude sanitaire « sur l’ensemble de la ville ». Il est prévu d’installer le puits de forage sur le site de pharmacie.

Lors du conseil municipal le 24 mars 2022, la Mairie nous a demandé de voter une Délégation de Service Public pour la conception, la construction, et l’exploitation future d’un nouveau projet de géothermie couvrant une grande partie de Chatenay-Malabry et une petite partie du Plessis Robinson. Encore une fois, elle préfère donc s’en remettre intégralement au secteur privé, au risque d’une dérive incontrôlable des prix facturés aux habitants, alors que des modèles de gestion publique réussis existent très près de nous (voi réf 1 en bas d’article). Tout en émettant les plus vives réserves sur ce choix, les conseillers municipaux du CCC ont néanmoins voté pour, car favorables à la géothermie elle-même.

Il est même prévu un calendrier :

  • Elaboration du cahier des charges pour attribuer une délégation de service public pour la création d’un réseau de géothermie communal.
  • Lancement de la procédure de sélection au printemps 2022, remise des offres des entreprises à l’automne 2022 et attribution de cette délégation en mars 2023.
  • Demande d’autorisation de forage sur la commune dès mars 2023. Début des travaux en 2023.
  • Premiers immeubles chauffés en 2025.

Il est prévu que le site de LaVallée soit alimenté par ce forage, mais entre le site de Pharmacie et le site de LaVallée, en faisant un détour pour franchir la ligne TGV, il faudra poser des tuyaux pour former un réseau de chaleur. Et la mise en place de ce réseau de chaleur n’est pas prévue dans le calendrier ci-dessus. Donc le quartier de LaVallée sera alimenté bien plus tard que 2025.

Il faudra donc ré-éventrer plusieurs rues de la ville. Dommage : cela vient d’être fait pour le tram.  Il aurait suffi d’un peu d’anticipation pour profiter de ces travaux pour passer les tuyaux nécessaires à la géothermie, et ainsi réaliser d’importantes économies pour le contribuable.

Et d’ici là, ce sera en chauffage gaz + biomasse avec les lourds inconvénients de la biomasse :

  • Rotation de camions pour fournir la chaudière en biomasse
  • Emission de CO2 lors de sa combustion
  • Et si cette centrale biomasse brule du bois, comme c’est le cas pour de nombreuses centrales de production d’énergie par biomasse, cela nécessitera une destruction des forêts dont nous avons besoin pour absorber du CO2, pour maintenir des zones de fraicheur, et pour protéger la biodiversité.

Il y a beaucoup à dire sur l’application des adjectifs « renouvelable » et « écologique » à la biomasse. Comment ce quartier peut-il encore être qualifié d’écoquartier ?

Nous aurons certainement l’occasion d’en reparler…

 

Sources et bibliographie :

1 – Le dossier Géothermie à Chatenay du Collectif Citoyen Chatenaisien est disponible ici :

https://collectifcitoyenchatenay.org/geothermie-a-chatenay/

2 – Conseil municipal du 1er juillet 2021:

https://www.chatenay-malabry.fr/download/proces-verbal-de-la-seance-du-1er-juillet-2021/

3 – Conseil municipal du 18 novembre 2021:

https://www.chatenay-malabry.fr/download/proces-verbal-de-la-seance-du-18-novembre-2021/

4 – Conseil municipal du 27 janvier 2022:

https://www.chatenay-malabry.fr/download/proces-verbal-de-la-seance-du-27-janvier-2022/

5 – Conseil municipal du 24 mars 2022:

https://www.chatenay-malabry.fr/download/proces-verbal-de-la-seance-du-24-mars-2022/

Enquête LaVallée – Article 3/5

Enquête LaVallée – Article 3/5
Des émissions de gaz à effet de serre très élevées

Où va le futur quartier LaVallée ?

  • Une densité très forte en comparaison de tous les autres quartiers de notre ville
  • De futurs îlots de chaleur majeurs, annoncés par des études d’experts
  • Des techniques de construction à fort impact carbone et de futurs immeubles peu innovants sur le plan énergétique dans la grande majorité des cas
  • Un chauffage par géothermie abandonné pour le moment
  • Ce nouveau quartier mérite-t-il réellement le qualificatif d’« Ecoquartier »  ?

Une enquête en 5 articles

Article 3/5 : LaVallée, un coût carbone très élevé

Continuons notre point sur l’évolution du nouveau quartier LaVallée, localisé sur le site de l’ancienne Ecole Centrale à Châtenay-Malabry, et dont l’aménagement a commencé il y a bientôt cinq ans.

Les deux articles précédents ont décrit l’extrême densité du quartier, et comment les ilots de chaleur le transformeront en fournaise lors des épisodes de canicule.

Pour concevoir et construire les futurs bâtiments du quartier LaVallée, les promoteurs ont dû choisir quelle norme de construction appliquer.

Lors des choix initiaux, ils étaient dans l’obligation d’appliquer a minima l’ancienne norme RT 2012 (Réglementation Thermique 2012). Mais, à cette époque, la nouvelle norme RE 2020 était déjà quasiment définie et votée et cette norme prévoyait d’imposer une isolation thermique très élevée pour le bâti mais aussi une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre pendant toute la phase de construction et tout au long de la vie du bâtiment.

Ainsi, cette nouvelle norme prend en compte le coût carbone des matériaux utilisés pour la construction des bâtiments neufs, mais aussi des matériaux constituant les anciens bâtiments démolis : elle s’appuie sur le fait que, pour l’environnement comme pour le climat, il est hautement préférable de réhabiliter des bâtiments existants plutôt que détruire et reconstruire (voir réf 1 en bas d’article).

Pourtant, le projet LaVallée a choisi de détruire les bâtiments existants (anciens bâtiments de l’Ecole Centrale) et de tout reconstruire.

La norme RE2020 prend aussi en compte les nuisances chimiques des matériaux, des revêtements, etc. Ce n’est plus seulement une norme thermique (RT), c’est désormais une norme environnementale (RE).  Votée dans le cadre de la loi ELAN de 2018, elle est applicable aux nouveaux logements depuis le 1er janvier 2022.

Des constructions carbonées

Pour le quartier LaVallée, l’Association Syndicale Libre des promoteurs a finalement choisi une étiquette de construction intermédiaire entre RT 2012 et RE 2020 : le label E3C1 (gain de 20% d’efficacité énergétique par rapport à l’ancienne norme RT 2012 ainsi qu’une réduction des émissions de CO2 lors de la construction et du chauffage). Ce choix est restrictif par rapport à RE 2020, en particulier pour les bâtiments qui devaient être livrés à l’origine en 2024 et le seront aux dernières nouvelles, plutôt en 2026 ou 2027.

C’est ainsi, que le choix constructif des ouvrages de la phase 1 & 2 s’est porté vers le tout béton. Un choix déplorable quand on connait l’impact environnemental de ce matériau. Même si, comme le rappelle systématiquement notre Mairie, une part des gravats de la déconstruction de l’école centrale a été incorporé dans le béton de ces nouveaux bâtiments, l’économie de CO2 ainsi générée (600 tonnes de CO2) est « dérisoire face à ce qu’aurait représenté la conservation de l’existant : 2600 tonnes pour le seul bâtiment Olivier, 8100 pour l’ensemble du bâti » (voir page 38 et annexe du rapport en réf 2 en bas d’article), et négligeable également par rapport aux économies d’émissions de gaz à effet de serre qu’aurait permis le choix d’autres matériaux que le béton.

Ce choix de départ est d’autant plus regrettable que des méthodologies constructives alternatives existent, permettant d’atteindre un bilan carbone plus léger, une consommation énergétique moindre et un confort des habitants plus élevé.  Nous aurions aussi pu profiter d’immeubles en bois et / ou en pierre, comme il en existe déjà de nombreux en France, voire des bâtiments en terre de type pisé, et bénéficier ainsi d’une qualité architecturale et urbaine certaine.

Mentionnons tout de même le groupe scolaire de LaVallée, exemplaire d’un point de vue de l’écoconstruction, puisque réalisé en pisé, et incluant des agrégats de bétons recyclés et des planchers bois.

Source et bibliographie :

  1. Aloïs Fournier et Olivier Papin, ingénieurs E6 consulting. Article Limiter son empreinte carbone dans le secteur de la construction. Disponible ici : https://conseils.xpair.com/actualite_experts/limiter-empreinte-carbone-construction.htm
  2. Fuseau, T. Mondot, P. Gonzalez Burgos. 2020. Coup de chaud à La Vallée : Symptôme d’une conception urbaine inachevée, Ecole d’architecture de la ville & des territoires Paris Est. Disponible à l’adresse ci-dessous :

https://fr.calameo.com/read/00396868876a4230a6823

Enquête LaVallée – Article 2/5

Enquête LaVallée – Article 2/5
Une future fournaise lors des épisodes de grandes chaleurs

Où va le futur quartier LaVallée ?

  • Une densité très forte en comparaison de tous les autres quartiers de notre ville
  • De futurs îlots de chaleur majeurs, annoncés par des études d’experts
  • Des techniques de construction à fort impact carbone et de futurs immeubles peu innovants sur le plan énergétique dans la grande majorité des cas
  • Un chauffage par géothermie abandonné pour le moment
  • Ce nouveau quartier mérite-t-il réellement le qualificatif d’« Ecoquartier »  ?

Une enquête en 5 articles

 Article 2/5 : LaVallée, une future fournaise lors des épisodes de grandes chaleurs

 Continuons notre point sur l’évolution du nouveau quartier LaVallée, localisé sur le site de l’ancienne Ecole Centrale à Châtenay-Malabry, et dont l’aménagement a commencé il y a bientôt cinq ans.

L’article précédent a décrit comment la première approche du quartier révèle un ensemble d’une extrême densité.

Pour les gens un peu plus curieux, Internet offre une autre approche du quartier, avec l’accès à un rapport d’études sur le projet. Il s’agit d’un rapport de l’Ecole d’architecture de la ville et des territoires Paris-Est produit en 2019-2020, et intitulé : « Coup de chaud à LaVallée – Symptôme d’une conception urbaine inachevée » (rapport complet : voir réf 1 en bas d’article).

Cette étude se base sur des études techniques très poussées, avec des simulations assistées par ordinateur de l’impact des futures fortes chaleurs estivales et des épisodes de canicule sur la vie des habitants du quartier, compte-tenu de sa densité, des matériaux choisis et de sa forte minéralisation.

Ilots de chaleur

Certains paragraphes apportent de vives critiques sur la conception de ce quartier.

Par exemple : « En 2050 (rapports du GIEC) le climat parisien devrait ressembler au climat de Cordoue en Andalousie aujourd’hui ».  « La grande majorité des logements suit un schéma où un escalier et un couloir distribuent jusqu’à huit logements. Regrettablement, il en résulte des appartements majoritairement mono-orientés. Malgré la prescription des urbanistes de favoriser les typologies traversantes, elles sont au mieux en angle et sans possibilité de ventiler correctement. Des logements orientés à l’ouest seront une fournaise. Les deux places sont des zones à risque, tout particulièrement la place LaVallée, au sud, qui ne profitera d’aucun masque et est donc exposée à presque 100% de l’ensoleillement au mois d’août. »

On y découvre tous les choix qui vont conduire à la constitution d’îlots de chaleur et un certain nombre d’actions qui auraient grandement amélioré la conception de ce quartier.

Et la fin est sévère : « En conclusion, les îlots de chaleur évoqués dans ce rapport ne sont que le symptôme d’une conception obsolète de la ville, qui ne répond plus aux enjeux de confort, ni à l’échelle locale, ni à l’échelle globale ».

Carte du climat : ensoleillement. Etude PoCa. Rayonnement incident moyen du à la période la plus chaude de l’année, du 2 au 10 août.

Source et bibliographie :

  1. Fuseau, T. Mondot, P. Gonzalez Burgos. 2020. Coup de chaud à La Vallée : Symptôme d’une conception urbaine inachevée, Ecole d’architecture de la ville & des territoires Paris Est. Disponible à l’adresse ci-dessous :

https://fr.calameo.com/read/00396868876a4230a6823

Enquête LaVallée – Article 1/5

Enquête LaVallée – Article 1/5
Un quartier extrêmement dense

Où va le futur quartier LaVallée ?

  • Une densité très forte en comparaison de tous les autres quartiers de notre ville
  • De futurs îlots de chaleur majeurs, annoncés par des études d’experts
  • Des techniques de construction à fort impact carbone et de futurs immeubles peu innovants sur le plan énergétique dans la grande majorité des cas
  • Un chauffage par géothermie abandonné pour le moment
  • Ce nouveau quartier mérite-t-il réellement le qualificatif d’« Ecoquartier »  ?

Une enquête en 5 articles

Article 1/5 : LaVallée, un quartier extrêmement dense

Faisons le point sur l’évolution du nouveau quartier LaVallée, localisé sur le site de l’ancienne Ecole Centrale à Châtenay-Malabry, et dont l’aménagement a commencé il y a bientôt cinq ans. Voyons de plus près la manière dont la Mairie de cette ville gère un projet sur lequel elle a les mains complètement libres ; cela donne des indications peu prometteuses sur la gestion des projets à venir.

Rappel des grandes lignes du projet LaVallée

Le quartier s’étend sur une surface de 20,6 ha. Il est prévu d’y construire 2 200 logements dont 350 logements sociaux pour un total de 144 000 m² de surface de plancher, ainsi que 36 500 m² de bureaux pour le siège social de Lidl, 15 000 m² de commerces et 19 000 m² d’équipements publics : 1 collège de 700 élèves (28 classes), 1 groupe scolaire (22 classes), 1 gymnase, 1 crèche (60 berceaux), 1 parking (places publiques),  le tout étant agrémenté par des espaces publics le plus souvent minéralisés ainsi qu’une ferme urbaine de 0,5 hectare située le long de la voie du TGV (au lieu de 1 hectare prévu au départ dans le projet).

Les livraisons initialement prévues en trois phases au 4ème trimestre 2021, 4ème trimestre 2022 et 1er trimestre 2024 ont été retardées et les vendeurs parlent maintenant d’une répartition en 4 phases jusqu’en 2026 ou 2027.

L’aménagement de ce quartier est piloté par une SEMOP (Société d’économie mixte à opération unique) issue d’un partenariat public-privé entre la ville de Châtenay-Malabry, avec 34 % des parts, Eiffage Aménagement, avec 50%, et la Caisse des Dépôts et Consignation qui en détient 16 %.

Le rôle d’une SEMOP consiste à définir et piloter un projet d’aménagement avec l’aide d’un urbaniste, d’un paysagiste et d’un bureau d’études. Elle doit maîtriser le foncier, acheter le terrain, démolir/dépolluer et désamianter dans certains cas, créer les réseaux et les espaces publics, et vendre à des promoteurs des lots à bâtir. Elle veille ensuite à ce que les promoteurs respectent le cahier des charges du projet d’un point de vue urbain, architectural, paysager et environnemental.

Les droits à construire de logements pour particuliers ont été partagés entre plusieurs promoteurs : Kaufman & Broad, Eiffage Immobilier, Coffim et Icade Promotion. Ces quatre promoteurs ont constitué une Association Syndicale Libre qui définit les grands choix de construction. Lidl, étant son propre promoteur, assure la construction de ses bureaux.

Actuellement, le président de la SEMOP est Carl Segaud, maire de Châtenay-Malabry, et la présidente du directoire est Valérie Dioré (Eiffage Aménagement).

Un quartier hyper dense

Le premier contact que les habitants de Châtenay-Malabry ont actuellement avec ce quartier est le chantier de grande ampleur que l’on peut voir sur l’ancien site de l’Ecole Centrale. Là, s’élèvent de nombreux immeubles en béton, très proches les uns des autres, et dont certains font six étages.

Ce qui fait dire aux passants : « je ne vois pas ce qui différencie ce chantier de celui d’une ZAC comme on en voit partout ».

En effet, la densité des constructions, et celle de la population sera très élevée à LaVallée avec 107 logements à l’hectare – et cela sans compter, les surfaces de commerces, bureaux, et équipements publics.

A titre de comparaison, nous avons cherché quelques chiffres de l’INSEE pour Chatenay Malabry : 24 logements à l’hectare en moyenne, 39 logements par hectare sans inclure la surface de la forêt de Verrières ni celle des parcs comme celui de la Vallée aux Loups !  Et avec la Butte Rouge, on est à peu près à 50 logements à l’hectare.

La densité du quartier LaVallée sera celle de centres urbains très denses, assez proche de celle de Paris avec ses 132 logements à l’hectare (source INSEE- 2018).

En 2016 déjà, une étude très complète de la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) présentait un « seuil « pivot » pour la ville durable autour de 80/100 logements par hectare », expliquant qu’au-delà de ce seuil, la qualité urbaine, la durabilité environnementale et la qualité de vie n’étaient plus au rendez-vous (étude complète : voir réf 1 en bas de l’article)

Mais cette information n’a pas dû arriver jusqu’à la Mairie de notre ville.

Rappelons, en outre, qu’aucune instance n’impose à Chatenay Malabry de construire autant de nouveaux logements. Surtout pas la région Ile de France ni la métropole du Grand Paris, dont la dernière tentative pour définir le nombre de logements à construire prévoyait pour Chatenay -Malabry un objectif de 150 logements par an. (voir réf 2 en bas d’article)

Avec LaVallée, la ville en prévoit 2200 en 5 ans, soit déjà 3 fois l’objectif régional envisagé. Et il faudrait y ajouter toutes les autres résidences actuellement en cours de construction dans la ville.

Source et bibliographie :

  1. DREAL Centre Val de Loire, Club des villes durables, étude « De la densité à la qualité urbaine : densités comparées et formes urbaines » du 5 octobre 2016, à partir de quartiers situés dans 22 agglomérations françaises dont Paris, Nantes, Bordeaux, Orléans, Lille, Rennes, Marseille, etc :

http://www.centre-val-de-loire.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/De_la_densite_a_la_qualite_urbaine_densites_comparees_et_formes_urbaines.pdf

  1. Un Schéma Régional de l’Habitat et de l’Hébergement (SRHH) publié le 19 décembre 2017 par Michel Cadot, préfet de la région d’Île-de-France, définit les objectifs de construction annuels de nouveaux logements de la Région, et les décline entre la Métropole et chaque Communautés de Communes d’Ile de France en dehors de la Métropole.

La Métropole travaille depuis 2017 à un PMHH (Plan Métropolitain de l’Habitat et de l’Hébergement) qui déclinerait ses objectifs de construction de nouveaux logements par Territoire et commune. Ce PMHH n’est pas encore entériné, mais une version de travail a été discutée lors d’un conseil municipal de Sceaux, dont le procès-verbal indique les objectifs de construction de nouveaux logements proposés pour les communes du territoire Vallée Sud Grand Paris dont fait partie Chatenay-Malabry :

https://archives.sceaux.fr/sites/default/files/deliberations/2018-09-27/2018-09-27-NP-05%20-%20avis%20PMHH%2020092018.pdf

Où va le nouveau quartier LaVallée ?