[TRIBUNE] Soixante dix ans après l’appel pour dénoncer le mal logement…
Dans notre département, le plus riche de France, des milliers de personnes sont à la rue et le 115 n’arrive pas à faire face aux besoins. Mais ne nous trompons pas de combat. S’il est nécessaire de trouver des places d’hébergement, des chambres d’hôtels, ce n’est pas une solution durable. Il faut un logement, un chez soi pour tous. Comment vivre, travailler, élever ses enfants, avoir une vie sociale et familiale sans un logement ? Pourquoi une telle situation, alors que l’on voit des chantiers de construction un peu partout, particulièrement à Châtenay-Malabry ?
L’immobilier, par ses prix tant à l’acquisition qu’à la location, n’est plus accessible aux ménages modestes ou pauvres. La seule solution est d’accéder au logement social, mais cet accès est de plus en plus difficile car la demande est croissante.
Le Collectif Citoyen Chatenaisien, ainsi que les associations Chatenay Patrimoine Environnement et Sauvons La Butte Rouge, gagnent leurs recours contre la mairie, mettant un coup d’arrêt au projet de destruction de la cité-jardin de la Butte Rouge voulu par la mairie.
En effet, par un jugement publié le 8 juin 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise annule la modification n°4 du Plan Local d’Urbanisme (PLU) de Chatenay- Malabry.
Cette modification, qui portait sur le périmètre de la cité-jardin de la Butte-Rouge, permettait à la mairie de mener son projet de restructuration complète de la cité-jardin, autorisant la destruction de potentiellement 85% de celle-ci et la reconstruction beaucoup plus dense d’immeubles faisant la part belle à la promotion privée, entrainant la perte nette de 1600 logements sociaux et le déplacement « forcé » et souvent lointain d’autant de familles.
Modèle historique d’urbanisme social humaniste, la cité-jardin de la Butte Rouge a été conçue il y a un siècle comme une ville à la campagne. Elle est composée d’environ 4000 logements très sociaux répartis au sein d’immeubles de petite taille implantés dans un écrin de verdure de 70 hectares.
Le projet de la mairie conduisait également à détruire l’environnement paysager de la cité-jardin, les arbres et les jardins de ce véritable écoquartier avant l’heure, joyau de notre patrimoine architectural.
Les élus du Collectif Citoyen Châtenaisien au conseil municipal avaient dénoncé les lacunes de ce dossier, et avaient fait des contrepropositions qui n’ont pas été écoutées.
Le Collectif Citoyen Chatenaisien ainsi que l’association Chatenay Patrimoine Environnement et l’association Sauvons La Butte Rouge ont donc déposé un recours contre cette modification du Plan Local d’Urbanisme de la ville auprès du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 18 mai 2021.
Le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise nous donne raison.
Il déclare illégale la modification du PLU, en montrant que la mairie de Chatenay-Malabry n’a respecté ni les procédures ni la législation en vigueur.
En particulier :
Le rapport présentant la modification du PLU ne respecte pas les dispositions des articles R.151-1 et R. 152-2 du code de l’urbanisme car il est incohérent avec le « projet d’aménagement et de développement durables » de la ville, et il n’analyse pas les impacts de cette modification sur l’évolution démographique, l’offre de logements, le bâti et les espaces naturels remarquables de ce quartier qui constitue pourtant un tiers de notre ville !
La mairie a choisi faire adopter ce projet de modification via une procédure de simple « modification » du PLU, alors qu’une procédure plus approfondie de « révision » s’imposait de toute évidence, du fait de la nature et de l’ampleur de la transformation envisagée pour ce quartier, en y programmant une opération de rénovation urbaine lourde et d’ensemble.
Le Collectif Citoyen Châtenaisien a aujourd’hui une pensée pour les habitants de ce quartier, qui sont les premiers à souffrir du manque de discernement de l’équipe municipale, et demande l’abandon de ce projet et l’engagement d’un plan d’urgence de réhabilitation de la cité-jardin, après des années d’abandon des pouvoirs publics, au mépris des habitantes et habitants.
Manifestation contre le projet de destruction de la Butte Rouge devant le Ministre délégué à la Ville et au Logement !
Communiqué de presse du 8 décembre 2022 Cité-Jardin de la Butte Rouge à Chatenay-Malabry : urgence ! A l’occasion de la cérémonie de remise du Grand Prix de l’urbanisme 2022 présidée par Olivier Klein ministre délégué à la Ville et au Logement
Nous appelons à une manifestation d’opposition à ce projet Le lundi 12 décembre à 17h30 devant l’entrée principale de la Cité Internationale Universitaire de Paris
La mobilisation pour préserver la Cité-jardin de la Butte Rouge à Chatenay-Malabry dure depuis des années. Véritable oeuvre urbaine, référence historique remarquable d’architectures humanistes, modèle paysager et social, la Butte Rouge est un lieu emblématique du patrimoine du XXème, qu’il est primordial de conserver et de réhabiliter.
Malgré les 85% d’avis défavorables exprimés lors de l’enquête publique, le maire continue son projet de destruction reconstruction de cet ensemble remarquable, visant à passer de 3 300 logements sociaux à 4 300 logements dont seulement 1 700 seront sociaux.
Malgré, également, les dizaines de lettres de protestation émanant d’organisations nationales et internationales oeuvrant pour la protection du patrimoine architectural urbanistique et naturel ou du logement social, dont Europa Nostra, organisme européen lié à l’Unesco qui a mis la Butte Rouge sur la liste des 7 sites du patrimoine européen les plus en dangers, et dont une délégation venue étudier le dossier pendant 4 jours n’a pas été reçue par la mairie.
Cette casse sociale et cette densification écocidaire sont motivées par une opération immobilière faisant la part belle aux promoteurs, dans une ville qui construit déjà depuis 10 ans 3 fois plus de nouveaux logements que demandés par la Région Ile de France.
La crise du logement social, elle, continue à fracturer en profondeur notre société. Dans les Hauts de Seine, les demandes de logement social croissent fortement (73 000 en 2020) alors que les attributions baissent (5 890 en 2020). La destruction de la Butte Rouge va aggraver cette situation.
Nos architectes et nos urbanistes les plus prestigieux, dont les récents prix Pritzker, ont permis une prise de conscience de l’ensemble de la profession : du fait des enjeux écologiques et énergétiques, la démolition n’est plus une solution pour la requalification et l’évolution de la ville, la réhabilitation de l’existant doit devenir la norme.
Nous dénonçons l’ambition régressive de nos administrateurs locaux, qui autorisent la démolition à grande échelle d’un patrimoine exemplaire, à contre-courant d’un grand nombre d’opérations contemporaines de réhabilitation, d’hybridation ou de transformation, seules adaptées au XXIème siècle.
Maintenant, sur le site, il y a de portes métalliques qui bloquent les entrées des immeubles et des fenêtres sont murées, et plus de 500 logements, souvent en bon état, sont inoccupés depuis longtemps sans être ré-attribués.
Pourquoi délivrer des Grands Prix de l’Urbanisme tout en abandonnant un fleuron de notre patrimoine urbanistique ?
Association Châtenay Patrimoine Environnement : assocpe@wanadoo.fr Le Collectif Citoyen Châtenaisien : collectifcitoyenchatenaisien@gmail.com Sauvons la Butte Rouge : collectif.butterouge@laposte.net
Article 4/4 – Châtenay-Malabry fait l’inverse de ce qu’il faut faire
Une série en 4 articles:
Dangereuses pour la santé et même très meurtrières, les canicules sont de plus en plus fréquentes.Lire
Des solutions existent : l’arbre et un nouvel urbanisme.Lire
De nombreuses villes prennent des mesures efficaces pour protéger leurs habitants.Lire
Mais Châtenay-Malabry fait l’inverse, à grande échelle.
Article 4/4: Mais Châtenay-Malabry fait l’inverse de ce qu’il faut faire, à grande échelle.
Que fait la municipalité de Châtenay-Malabry, concrètement, pour protéger ses habitants des canicules?
La communication verte dont la majorité municipale nous abreuve à longueurs de pages du magazine municipal n’est qu’un vernis de façade (« greenwashing »).
Elle est essentiellement basée sur la présence de grands parcs gérés par le département (Vallée aux Loups, Parc de Sceaux), qui constituent certes un atout pour notre ville, mais qui sont loin de suffire pour répondre à la problématique des canicules et des ilots de chaleur urbains.
Dans la réalité, les décisions de la mairie de notre « Ville Parc », addict aux constructions (pour les raisons présentées plus bas), ne font qu’aggraver terriblement les conséquences des canicules pour les chatenaisiens, alors qu’il serait facile de les protéger avec une conscience du problème, et un peu de réflexion prospective et d’anticipation.
De plus, ce sont, comme toujours, les plus modestes d’entre nous qui souffriront le plus de cette politique. Notre ville, en se soumettant aux intérêts financiers des géants français de la construction immobilière, ne se soucie pas des conséquences sociales. Mais tout le monde ne peut pas se payer un jardin ou une isolation dernier cri.
La ville doit être pensée pour tous et pas seulement pour la minorité qui dispose des ressources nécessaires à court terme pour se protéger des conséquences climatiques. Les gens des quartiers populaires doivent habiter une ville respirable et pouvoir se protéger de la chaleur, pour un quotidien vivable.
Voici une liste, malheureusement incomplète, des actions de la ville qui vont à l’opposé des solutions permettant de protéger les chatenaisien.ne.s des effets des canicules.
LaVallée : un nouveau quartier hyperdense, hyperminéralisé, intégralement en béton sur 21 hectares (mis à part l’école), sans rien exiger d’autre des promoteurs que le minimum légal en terme de normes de construction protégeant des canicules. Résultat : une étude d’experts y prédit des logements « fournaises » malgré la présence du Parc de Sceaux d’un côté et de la coulée verte de l’autre.
Il s’agit du rapport complet sur les îlots de chaleur urbains dans le quartier LaVallée, intitulé « Coup de chaud à LaVallée. Symptôme d’une conception urbaine inachevée » qui a été produit par l’Ecole d’architecture de la ville et des territoires Paris Est en mars 2020. Ce rapport détaillé est très éloquent. Il est accessible sur notre site web où il est accompagné de plusieurs articles sur LaVallée :
A noter aussi que la moitié d’une magnifique double allée de tilleuls a été abattue pour pouvoir densifier encore plus.
Tram T10 : 3,5 hectares de forêt ont été détruits pour construire le site de maintenance et de remisage des tramways. Pourtant, l’opposition municipale et les associations avaient proposé des modifications au projet qui auraient évité un tel désastre. Mais la Mairie de Châtenay-Malabry n’a pas voulu les écouter. Pire, un dossier technique erroné a fait éliminer un autre site possible qui aurait permis d’éviter ce massacre.
Square Robinson : un espace vert communal vendu aux promoteurs pour y faire un immeuble en béton. Un majestueux cèdre centenaire et 22 autres arbres de grande envergure abattus. Pause fraicheur supprimée pour les chatenaisiens qui sortent du RER, attendent le bus, ou font leurs courses dans le quartier.
La place de l’enfance devant l’école Jules Verne est un exemple type d’îlot de chaleur : entièrement bétonnée avec des arbres plumeaux, on y suffoque à partir du mois de mai.
Des centaines de grands arbres situés sur le domaine public ont été abattus ces dernières années. Ils sont remplacés par des essences plus faciles à entretenir (ne perdant plus leur feuilles …) mais de beaucoup plus petite envergure et apportant beaucoup moins d’ombre et de fraicheur. Quel gâchis ! On peut citer la Division Leclerc, mais aussi l’exemple intéressant de l’avenue Edouard Depreux où les platanes ont été abattus et remplacés sur le trottoir Ouest situé sur notre ville, mais gardés par la ville de Sceaux sur le trottoir Est. Cet été, il était facile d’observer sur quel trottoir marchaient les piétons.
On ne compte plus les multiples arbres et petits espaces verts entre deux anciens bâtis privés qui ont été détruits pour permettre les nouvelles résidences qui fleurissent de partout dans la ville.
Les arbres, même les plus remarquables, ne sont pas protégés lorsqu’ils sont situés sur le domaine privé. Alors que certaines villes du 92 ont recensé les arbres remarquables existant sur leur domaine privé et les ont protégés comme tels dans leur PLU, Châtenay-Malabry a choisi (comme explicitement indiqué dans le PLU de notre ville) de ne pas recenser ni protéger les arbres remarquables situés dans les propriétés privées.
De même, dans d’autres villes du 92, les agents du service urbanisme se déplacent sur le terrain lors de l’instruction des permis de construire pour constater les caractéristiques des arbres menacés, et refusent certains permis pour cette raison ; mais cette procédure n’est pas appliquée à Châtenay-Malabry.
Exemple de conséquence : Au 64 rue Anatole France, un projet immobilier sur une propriété privée acquise par un promoteur vise à remplacer un pavillon par un lotissement de 8 « villas » collées les unes aux autres sur une surface totale inférieure à 2000 m2. Le permis de construire accordé par la ville autorise la suppression de 4 séquoias double troncs chacun, soit 8 « magnifiques sujets d’environ 26 mètres, en pleine croissance malgré leur 70 à 80 ans d’âge, d’une très bonne vigueur et en pleine santé sanitaire, bref des arbres remarquables », selon l’expert de l’association A.R.B.R.E.S. Ces séquoias sont de véritables éléments de paysage pour tout le quartier. Au moment où nous écrivons ces lignes, leur abattage semble imminent. Bien-sur, la mairie a exigé qu’ils soient remplacés par autant d’arbres « à haute tige », c’est-à-dire dont le tronc mesurera au moins 1,8 mètres à l’âge adulte …
Cours d’école : alors qu’énormément de villes remplacent le revêtement artificiel de leurs cours d’écoles par des sols naturels et végétalisés, la nouvelle Ecole Primaire Jean-Jaurès inaugurée le 21 mai 2022 a sa cour de récréation 100% minérale sur le toit terrasse de l’école.
Rue Anatole France : 6 millions d’Euros d’argent public vont être dépensés pour la réfection totale de la rue (trottoirs, chaussée, mobilier urbain) :
Sans planter un seul arbre dans une rue très longue qui n’en a aucun !!
En remettant un asphalte noir. Il nous a été répondu que les bitumes clairs ne sont pas « dans la charte », ils seraient salissants, moins durables, et éblouissants. Pourtant, Athènes et Los Angeles les ont adoptés (voir article précédent)
Pourquoi la mairie de Châtenay-Malabry construit-elle tant ?
La mairie prétend qu’il s’agit de répondre à la crise du logement en Ile de France. Mais la prétendue contrainte imposée par l’état n’est qu’un prétexte. Notre ville construit beaucoup plus que ce qui est attendu d’elle. La vraie raison se trouve dans la situation des finances communales :
Article 3/4 – De nombreuses villes prennent des mesures efficaces pour protéger leurs habitants.
Une série en 4 articles :
Dangereuses pour la santé et même très meurtrières, les canicules sont de plus en plus fréquentes.Lire
Des solutions existent : l’arbre et un nouvel urbanisme.Lire
De nombreuses villes prennent des mesures efficaces pour protéger leurs habitants.
Mais Châtenay-Malabry fait l’inverse, à grande échelle.Lire
Article 3/4 : De nombreuses villes prennent des mesures efficaces pour protéger leurs habitants contre les canicules.
Les exemples ci-dessous ne sont qu’un petit échantillon des politiques mises en œuvre avec succès dans des villes de toutes tailles en France comme à l’étranger.
Angers : la nature est réintroduite dans tous les espaces possibles, même les plus petits : mini-jardins en pieds de façade le long des trottoirs, plantes grimpantes sur les façades, joints enherbés entre les pavés, friches industrielles. Les places minérales sont désartificialisées au maximum.
Grande Synthe a mis en place une « charte promoteurs » avec des normes de construction des nouveaux logements plus exigeante que les normes nationales. Aujourd’hui, ils demandent des bâtiments passifs, inspirés de ceux construits dans le quartier BedZED à Londres, où les logements sont très bien isolés du froid comme du chaud, pour une facture énergétique de 150 € par an => la ville a fait construire un modèle de ces maisons sur son territoire.
Interview passionnante du maire de la ville de Grande Synthe (23 000 habitants). Le sujet des maisons passives est évoqué de la minute 51 à la minute 54.
Séoul : la capitale de la Corée du Sud a choisi de démonter une autoroute urbaine pour découvrir une rivière enterrée et végétaliser ses berges sur plus de 8 kilomètres.