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« L’Espérance » à la Butte Rouge

« L’Espérance » à la Butte Rouge

L’Espérance
Epreuve originale (plâtre)
Musée de Reims

« L’Espérance » est le nom d’une statue de Carlo Sarrabezolles un moulage bronze agrandi sera érigée place François Simiand, au cœur de la Butte Rouge.

Ainsi en a décidé le Maire de Châtenay-Malabry

Lors du dernier Conseil Municipal de la précédente mandature, alors qu’on y débattait d’une opération de mécénat « anonyme » associée, le Maire s’est enflammé pour Carlo Sarrabezolles et pour cette statue qui révèlerait formidablement l’espérance à la Butte-Rouge. Son enthousiasme et sa maîtrise du discours performatif ne laissaient de place, comme toujours, ni aux questions ni au débat, ni à quelque marque d’estime pour ses interlocuteurs.

Carlo Sarrabezolles   

[1]Formé à Toulouse, sa ville natale, puis à Paris, à l’École des beaux-arts, Carlo Sarrabezolles est une figure majeure de la sculpture figurative de l’entre-deux-guerres. Collaborateur d’architectes de renom, il réalise des chantiers monumentaux en France et à l’étranger. Éloigné du fonctionnalisme de l’époque, il propose des programmes iconographiques ambitieux, habillés d’une forme de classicisme moderne. Son nom est associé à la technique de la taille directe du béton frais, largement déployée sur des édifices religieux marquants….

Héritier assumé de l’art gréco-romain, Sarrabezolles révèle, à travers l’apparente austérité et l’aspect colossal de ses œuvres, la poésie vivante et l’élévation de l’âme qui les animent

Dans l’entre-deux-guerres, Sarrabezolles explore le thème de l’espérance. Mais si tant d’artistes l’ont abordé comme une hésitation non résolue entre l’espérance des poilus des tranchées et de la Victoire et celle d’un monde de paix qui devait surgir de l’apocalypse sous l’égide d’une toute nouvelle Société des Nations, Sarrabezolles se tient plus souvent du côté de la première acception.

Par la réalisation de très nombreux monuments aux morts, il rend hommage au courage, au sacrifice des poilus ; il exalte leurs vertus et la grandeur d’une France victorieuse par leur sacrifice.

Sarrabezolles exalte, mais ne dénonce pas… il n’est pas militant. Son inspiration n’est pas celle de la « Butte-Rouge »de Bapaume, rouge du sang de ceux qui ( …) roulèrent dans le ravin[2]

Il n’est pas davantage un artiste engagé. Son inspiration n’est pas celle de « notre » Butte-Rouge, la Cité jardin, celle d’un urbanisme au service de la justice sociale et de la dignité de tous. Les luttes sociales de l’entre-deux-guerres, la montée des périls aussi, le laisseront indifférent.

La Gloire des poilus, le génie et la grandeur de la France étaient un trop léger bagage pour penser la complexité. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, dans Paris occupé, l’œuvre de Sarrabezolles ne s’enrichira guère que du projet sans suite d’un monument à l’amitié entre la France et les Etats-Unis d’une naïveté et d’une fadeur déconcertante.

 « L’Espérance ».

Une statue en pied, une femme drapée, les bras vers le ciel ! un thème qu’il décline pour des monuments aux morts, comme celui pour les « employés du chemin de fer métropolitain » au métro Richelieu Drouot ou « L’Âme de la France », dont la nudité compliquera quelque peu son acceptation comme monument aux morts.

« L’Âme de la France » ; monument aux morts Ile de la Réunion.
Monument aux morts ; métro Richelieu Drouot

Même si elle est classée comme appartenant à l’« Art déco », elle illustre davantage la tendance néoclassique et le retour à l’ordre qui marque une grande partie de la sculpture monumentale française de l’entre-deux-guerres. La première réalisation en bronze de l’Espérance, la seule identifiée du vivant de l’artiste, n’était pas destinée à un monument aux morts mais à un monument funéraire commandé par Paul Louis Marie Archambault Boson de Talleyrand-Périgord, duc de Sagan, de Talleyrand et de Valençay pour son amante, Marguerite-Joséphine Jacquot.

Monument funéraire de Marguerite-Joséphine Jacquot ; cimetière de Ronquerolles

Sarrabezolles avait déjà réalisé le monument funéraire de l’épouse de Félix Martin-Sabon, figure émérite de la préservation du patrimoine historique et artistique dans l’entre-deux-guerres, et qui avait été auparavant maire de Ronquerolles, village de la famille de Marguerite-Joséphine Jacquot. Sans doute est-ce là l’origine de la rencontre entre le Duc de Valençay, commanditaire, et Sarrabezolles, artiste commandité.

Il n’y aura pas d’autres réalisations bronze du vivant de l’artiste. La seule autre réalisation en bronze identifiée a été offerte par la société SNECMA[3] (aujourd’hui Safran) à la Ville de Paris. Elle est érigée dans le square Carlo Sarrabezolles qui borde les immeubles du siège de la société Safran, dans ce 15ème arrondissement où Sarrabezolles avait son atelier, rue des Volontaires.

« L’Espérance » à la Cité-Jardin ?

Sarrabezolles, a été associé à des projets d’architecture ; mais pas à la Cité-jardin, ni d’ailleurs à aucun projet de cité-jardin.

Il n’a jamais travaillé avec les architectes de la Cité-Jardin.

Il ne s’est intéressé ni au mouvement des cités jardins ni à la sociologie ou l’économie politique   de François Simiand, après qui est nommée la place sur laquelle la statue sera érigée.

« L’Espérance » s’inscrit dans une lignée de sculptures pour des monuments aux morts… et elle n’a n’échappé à ce destin que pour devenir un monument funéraire.

On peine à comprendre en quoi cette statue représenterait l’espérance d’une cité-jardin. On peine à comprendre comment le choix des élus s’est fait autour de ce projet.

Installer dans la Ville des œuvres d’art est évidemment un projet formidable !

Et, après tout, une œuvre d’art ne doit pas nécessairement représenter le lieu où elle est installée.

Mais l’embarras ici est double : d’une part parce que le Maire met en avant avec tant d’insistance cette symbolique, et d’autre part parce qu’une œuvre d’art n’échappe pas à l’intention première de l’artiste. L’espérance d’une cité jardin n’est pas symbolisée par des monuments aux morts ou funéraire.

N’en déplaise au Maire ne sera pas une œuvre d’art ! Il s’agira d’un moulage spécifique, plus particulièrement un agrandissement dans un rapport 3/2 environ.

Certes l’agrandissement[4]d’une statue fait partie du projet artistique lorsqu’il est à l’initiative et sous la supervision de l’artiste[5].

Mais l’artiste n’est plus là. Il ne fixera ni la nouvelle dimension de la statue ni les points de détail et de reprise inhérents à toute fonderie d’art, particulièrement avec agrandissement[6].

Ce qui sera érigé Place François Simiand ne sera évidemment pas un original de Sarrabezolles. Mais ne sera pas davantage une copie !

« L’Espérance » agrandie sans l’artiste n’est plus l’Espérance de Sarrabezolles.

Ce sera autre chose ! Du mobilier urbain inspiré de Sarrabezolles !


[1] Extrait de la présentation de l’original de « L’Espérance » au musée de Reims

[2]            C’qu’elle en a bu, du beau sang, cette terre / Sang d’ouvrier et sang de paysan / Car les bandits, qui sont cause des guerres / N’en meurent jamais, on n’tue qu’les innocents.
La Butte Rouge, c’est son nom, l’baptème s’fit un matin/ Où tous ceux qui grimpèrent, roulèrent dans le ravin/ Aujourd’hui y a des vignes, il y pousse du raisin/ Qui boira d’ce vin là, boira l’sang des copains
La Butte Rouge, écrite et crée par Monthéus, interprétée entre autres par Yves Montand, Marc Ogeret ou encore Renaud.

[3] Société Nationale d’Études et Constructions de Moteurs d’Avions. 

[4] IL s’est longtemps agi de dispositifs mécaniques de report homothétique ,supplantées aujourd’hui par le scan laser suivi d’une homothétie numérique.

[5] On pense à Rodin qui y a largement fait appel.

[6] La matière a son poids et c’est un équilibre nouveau des masses, une circulation nouvelle du métal en fusion qu’il faut maîtriser. Au fondeur de faire au mieux, à l’artiste d’intervenir pour corriger les écarts.